"N'avouez jamais"

(J. Cocteau)

Occitania, boulega ti!

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Cétacés

Souffle de Cachalot ©Cybelle-Planète
Souffle de Cachalot ©Cybelle-Planète

Initiation cétologique

Les cétacés sont des mammifères marins descendant d’un ancêtre terrestre, Diacodexis, qui vivait en bord de mer il y a quelques 40 millions d’années. On l’imagine, fatigué de l’adversité terrestre, tenter l’expérience d’un retour à la mer pour assurer la survie de son espèce.

 

Dans cette conquête du milieu marin la morphologie évolue. Le corps se modèle en une silhouette hydrodynamique parfaitement adaptée à la vie aquatique. Les membres se transforment en nageoires dorsale, caudale et pectorale d’une efficacité à faire pâlir les poissons. Les narines migrent sur le crâne afin de respirer confortablement l’air du large tout en gardant un œil sous l’eau. La cage thoracique se fortifie pour supporter les pressions des longues apnées sous-marines. La peau devient lisse et réactive au toucher, tandis qu’elle se renforce d’une épaisse couche de graisse isolant du froid. L’oreille interne se modifie pour augmenter la réception des sons et l’écholocation se développe par l’émission d’ultrasons pour s’orienter et repérer proies et obstacles.

 

Les cétacés conservent cependant des spécificités de mammifères comme la respiration pulmonaire, l’allaitement des petits, ou encore un estomac de ruminant. Leur physiologie et l’analyse génétique les classe à proximité taxonomique des mammifères ongulés, ce qui fait d’une baleine une proche cousine des vaches !

 

Au fil de l’évolution, deux grands groupes de cétacés ont dessiné leur stratégie alimentaire. Les Mysticètes filtrent la mer de leurs fanons pour récolter des milliers d’animaux microscopiques à chaque bouchée (zooplancton). Les Odontocètes aux robustes dents affutées chassent des proies conséquentes au gré des courants (céphalopodes, poissons…).

 

Lorsqu’un coup de vent met les bateaux à quai et les hommes à genoux, le chant grinçant du voilier fait frémir les mots interdits des marins et berce d’inquiétude ceux qui sont venus étudier les cétacés. Sur la mer moutonnée l’on ose y croire, et lorsque dans les jumelles apparaît une forme triangulaire légèrement arquée, la vision sème le trouble. Un aileron ? Une illusion ? L’exigence de vérité cède parfois la place au rêve éveillé….

L’été au Spitzberg

Phoque annelé
Phoque annelé

Nature extrême

Quelques degrés au-dessus du zéro, et c’est l’été au Spitzberg, l’un des derniers territoires sauvages de la planète. Les ressources naturelles sont aujourd’hui bien préservées. Autrefois les cétacés y ont été décimés par milliers. Le petit rorqual est encore fréquent mais il est rare de croiser la baleine bleue. Sur les berges ou sur les icebergs se prélassent morses et phoques bien gras, le cauchemar des nutritionnistes. Les falaises, regorgent de mouettes tridactyles et guillemots de Brünnich, dont les déjections fertilisent la toundra arctique. Mergules nains, labbe à longue queue, macareux moine, sterne arctique, goéland bourgmestre ou mouette ivoire font le bonheur des ornithologues amateurs.


A terre, le permafrost dégèle en sols polygonaux, un mollisol bien agréable pour cheminer mais où l’on peut risquer ses bottes. Le renne du Svalbard broute sans vergogne les mousses et lichens, il y dépose aussi sa carcasse. Sous ces latitudes, les animaux morts gèlent, se dessèchent, puis sont dévorés par d’autres. Le renard arctique passe furtivement et laisse ses empreintes dans la vase ; celles de l’ours polaire indique sa présence proche, en quête de nourriture.


Toundra, sterne, ou bière, ici tout est ‘arctique’. L’environnement est rude, impitoyable pour les plus faibles, un milieu extrême où les espèces développent des merveilles d’adaptations. Difficile d’y prendre racine de façon isolée. Beaucoup de plantes poussent en touffes et se nanifient pour supporter le froid, leur pilosité comme la fourrure des animaux sert de protection thermique. Des forêts de saules polaires, dépassant rarement les   2cm, se développent au ras du sol. Dans ce pays on marche sur des arbres, et l'on s’allonge sur des saxifrages épanouis sans même l’aide de jardiniers. Le cycle de reproduction est court. Les floraisons brèves donnent des graines résistantes qui conservent la vie au cœur de cet immense congélateur.

 

Ici beaucoup d’êtres sont blancs pour se fondre dans le désert glacé ou attirer les pollinisateurs après le dégel, blanc comme une mouette ivoire, un céraiste arctique, ou un ‘ours blanc’ dans le songe de ceux qui n’en ont jamais vu. Chasser, se reproduire, s’abriter, se faire manger. Etre là, présent au monde. Etre et survivre.

Ours polaire et sa proie
Ours polaire et sa proie

Rencontrer l'ours

Environ 2000 habitants et 3000 ours peuplent l’archipel du Svalbard. L’ours polaire (Ursus maritimus) est l’un des plus grands carnivores de la planète, une espèce protégée que l’on ne peut tirer qu’en cas de légitime défense. L’ours n’est ni une gentille peluche ni un méchant ogre, il a simplement faim. La prise de conscience est immédiate dès que l’on croise son regard, ici plus qu’ailleurs l’Homme a un véritable prédateur qui peut apparaître au moment où on l’attend le moins.


Un ours. Deux mots qui s’arrêtent au fond du bonnet lors du premier face à face, quand la réalité offensive surgit, à la fois fascinante et totalement incorrecte. Sur un iceberg blanc d’innocence, un ours vient de tuer un phoque barbu. Ainsi se déroule la vraie vie, aux yeux de personne. Le fragment de glace se tache de sang frais tandis que l’ours emporte sa proie sur la berge, dérangé par des mammifères très curieux qui le suivent avec attention. L’approche à quelques mètres offre un espace-temps suspendu où défilent les anniversaires, la canicule de 2003, les factures à régler… Et l’on oublie les heures en observant le repas du Seigneur de l’Arctique.


Son souffle chaud et lourd, sa langue noire lèchant la couche de graisse, ses dents pointues tirant la chair et les entrailles, ses griffes énormes en guise de fourchette. Un congénère arrive, attiré par l’odeur qu’il peut sentir à plusieurs kilomètres. Grognements, coups de gueules et de pattes, le plus fort gagne le droit au festin qui le maintiendra en vie plusieurs semaines. Les charognards à plumes veillent sur les restes. Le métabolisme en action échauffe le corps. La peau noire, sous la fourrure jaune paille, garde la chaleur. Une fois repu d’une centaine de kilos de phoque, l’ours polaire se roule dans la neige qui le refroidit et nettoie les traces du crime. Quelques postures de cartes postales, puis l’ours s’endort. Quels sont ses rêves ?

Baie du 14 juillet
Baie du 14 juillet

Sensations arctiques

Le 78e degré de latitude Nord se mérite. Trois avions et 15h de voyage, pour voire apparaître les ‘sommets pointus’ enneigés du Spitzberg, ses glaciers striés et ses pentes couvertes de velours sombre. Les ‘côtes froides’ du Svalbard sont les terres les plus au Nord de la planète. Il en a fallu de la glace et du temps pour former ce paysage qui semble immuable, avec un air des origines et cette impression d’arriver au bout du Monde. Alors on embarque pour explorer.

 

Le Polaris est un petit bateau taillé pour les expéditions polaires et l’observation naturaliste, navigant entre les ‘glaçons’, jusque dans les fjords peu profonds. A bord, l’ambiance familiale mêle équipage, guides et passagers en quête de nature sauvage comme d’eux-mêmes. On y attrape vite le virus des régions polaires. La croisière d’exploration mène les passionnés à la recherche de vies polaires. Les optiques braquées sur l’horizon flirtent entre respect et humilité, dans l’émotion des premières fois.

 

Un autre point de vue se détache à travers la lumière interminable de l’été polaire, sans longue nuit, sans grands arbres, sans ondes électriques. Ekos logos. Beau et effrayant à la fois. Car l’on peut y mourir de froid, de faim, d’ennui, ou se gaver de paysages époustouflants en écoutant Mozart. Entendre l’écho lointain des premiers éléments dans le chant d’un glacier vivant. Goûter à l’air emprisonné depuis des centaines d’années dans un iceberg bleu argenté. Trinquer à l’Océan Arctique et aux archives de la Terre.

 

Explorer cette région sauvage de l’Arctique permet d’éveiller sa propre sensibilité, et peut-être aussi de révéler une part de soi à soi, voire d’exorciser de vieux démons, comme une délivrance. A la proue, des liens se nouent dans le vécu commun... une mutinerie se prépare car après un tel voyage, personne ne souhaite rentrer.

Nature sauvage des îles Shetland

Macareux moine
Macareux moine

Entre terre et mer...

De la pointe sud de l’archipel, à Sumburgh, jusqu’aux grandes falaises nordiques d’Hermaness, les Îles Shetland sont un paradis pour les oiseaux marins. Accrochés aux corniches en pentes vertigineuses, les fous de Bassan font le spectacle ; grands planeurs aériens, ils voguent de longues heures au fil du vent, avant de plonger en piqué vers la nourriture que la mer leur offre. Difficile de survivre quand on naît poussin, sur un escarpement, sans filet ni bouée… il faut tenir jusqu’à l’envol, et l’assurer, car il n’y a pas de seconde chance.

 

Emblématique, le macareux moine se dandine sans vergogne sur les falaises ; pattes oranges, bec indéfinissable, silhouette de personnage sorti d’un dessin animé, ses colonies font le bonheur des naturalistes et des photographes animaliers. D’autres espèces se partagent aussi le territoire comme le guillemot à miroir, le pingouin torda, le guillemot de Troïl, le cormoran huppé, la mouette tridactyle et le pétrel fulmar.

 

En bordure de rivage l’huîtrier pie et la sterne arctique veillent à cris stridents sur leur progéniture, tandis que l’eider à duvet protège ses canetons au sein d’une nurserie. Les phoques se confondent dans les rochers, l’œil en éveil et la moustache au vent. Au large quelques dauphins tracent la route de ferry-boats improbables.

 

Dans la lande fleurie de linaigrettes et d’arméries, l’on peut aussi croiser grand labbe, courlis cendré, labbe parasite, traquet motteux, pipit maritime, chevalier gambette, pluvier doré et bien d’autres espèces inféodées. Le lapin de garenne apprécie largement ce milieu paisible et facile à creuser pour ses nombreux terriers au milieu des moutons.

 

Le grand corbeau survole la moquette verte et doucement ourlée de ces terres, tandis que la loutre cabote d’une crique à l’autre, furtive, joueuse, complice peut-être de ces instants si éphémères.

Céraiste d'Edmondston
Céraiste d'Edmondston

Les surprises des Îles

La géologie de l’archipel engendre des milieux très différents où s’adapte une flore spécifique telle les droséras, la grassette, la jasione des montagnes, l’orchis maculé ou la narthécie des marais.

 

C’est dans des éboulis de roche serpentine que pousse la seule fleur endémique des Shetland, sur une toute petite parcelle de l’île d’Unst : le céraiste d’Edmondston (Cerastium nigrescens subsp. nigrescens). Cette petite caryophyllacée découverte en 1837 par un jeune botaniste en herbe, Thomas Edmondston, est sans doute l’une des plantes les plus rares du monde. Dans ce milieu particulier s’adaptent aussi d’autres espèces comme la scille printanière, le plantain maritime ou encore la cardamine des rochers. De quoi mettre à genoux les téléobjectifs les plus fébriles.

 

Les marécages tourbeux sont le royaume de la bécassine des marais, qui s’y nettoie les plumes, tandis que le rare phalarope à bec étroit se laisse désirer près de l’affut où l’émotion est à son comble, les doigts crispés autour du déclencheur.

 

Le Broc’h bien conservé de l’île Mousa éveille d’autres sens, notamment lorsqu’au crépuscule des dizaines d’océanites tempête rejoignent leur nid comme autant d’ombres volantes à l’assaut de la tour ; les petits cris de ces athlètes nocturnes résonnent au milieu des pierres, un chant envoûtant qu’une légende associait autrefois aux âmes des disparus.

 

Et l’on reste ainsi de longues heures à méditer en regardant passer les fous, en écoutant les grognements des macareux au fond de leurs terriers. Dans la brume, l’imagination anticipe les silhouettes qui se laissent deviner. Car il s’agit de capturer l’image, mais aussi d’apprendre à sentir, à entendre…. Tout est affaire de point de vue !

 

Enjeu de l’errance qui forme le regard, offre de nouveaux référents, dévoile l’invisible, un premier pas aussi vers l’étrangeté de l’autre mais aussi ses similitudes. Le retour est souvent celui d’un moi différent qui redécouvre un monde familier… avec d’autres yeux.

Sous la chaleur d’Angkor

Temple Bayon Cité d’Angkor Thom
Temple Bayon Cité d’Angkor Thom

La jungle des temples

Au cœur de la jungle cambodgienne, les temples d’Angkor s’étalent sur des centaines de kilomètres.

 

Certains se dressent majestueusement, dégagés de toute végétation lianescente et liftés telles de grandes stars. D’autres plus méconnus et à peine accessibles sont les proies des figuiers étrangleurs dont les racines dégoulinent sans vergogne sur les ruines d’un empire déchu. D’autres enfin restent enfouis sous la végétation luxuriante, attendant d’émerger un jour du passé pour raconter leur histoire.

 

Une histoire saisissante de ces vestiges, tout comme celle d’un peuple envahit lui aussi et qui aime à se raconter au présent, avec une douceur infinie. Toucher ces pierres centenaires, cueillir les litchis, goûter un grillon grillé et se laisser vivre sous l’arbre à pluie, ou sur le Tonle Sap, dans la chaleur étouffante de la mousson.

 

L’Alchimie naturelle de l’Islande

Piste derrière les montagnes
Piste derrière les montagnes

Quatre éléments en liberté

S’il est un lieu où l’on peut sentir Vivre la Terre, c’est bien sur cette île, dont les principales dates historiques ne sont pas celles de batailles, mais d’éruptions volcaniques. Ici la puissance primitive de la nature s’exerce en toute liberté, comme indomptable.

Au centre, la terre se déchire lentement le long des failles sismiques qui partagent la croûte terrestre entre les plaques Européenne et Américaine.

Dans le désert où s’entraînèrent les premiers astronautes, le vent se dresse brusquement en tempête de sable noir qui arrache des larmes aux campeurs intrépides.

Dans tous ses états, l’eau surprend, qu’elle soit de glace, en vapeur, ou liquide, mais aussi… sulfureuse, surgissant du sol à très haute température elle offre parfois des espaces de douceur aux baigneurs téméraires.

Partout les cratères ouvrent l’enfer de Dante sous la pression du magma en fusion, crachant leur feu de roches et cendres sans se préoccuper du trafic aérien.

Des hautes terres inhabitées aux vallées fertiles, l’Islande est ainsi pleine de contrastes, rude et sensuelle, aride et généreuse, libre et contrainte.

Il suffit alors au visiteur de passage de poser sa montre et vivre l’instant présent à travers cet espace : rouler sur les pistes chaotiques et traverser les rivières à gué, écouter des légendes lugubres et regarder un film SF sous une toile de tente, et puis faire résonner le Wild Magnificat au cœur d’un cratère enneigé, sous l’œil vigilant de la Reine des montagnes.

Coulée de lave moussue
Coulée de lave moussue

Vie pionnière

Des pentes volcaniques aux vallées glaciaires, la vie trouve son chemin. Sur les coulées de laves rugueuses s’accrochent des coussinets touffus et doux sur lesquels il est bon de s’agenouiller pour en observer les habitants à la loupe : au milieu des mousses accueillantes (Bryum sp., Racomitrium lanuginosum), le lichen des Rennes (Cladonia rangifera) s’épanouit tel un petit elfe mystérieux.

Le micro-sol créé par ces plantes pionnières permet ensuite le développement d’espèces vasculaires comme la renouée vivipare (Bistortavivipara), la dryade à huit pétales (Dryas octopetala) ou encore la grassette commune (Pinguicula vulgaris). Quelques orchidées sauvages, l’orchis grenouille (Coeloglossum viride) et la platanthère hyperboreale (Platanthera hyperboreale) profitent de ces écosystèmes particuliers pour dresser leurs séduisants labelles et attirer les insectes pollinisateurs.

Les déserts de sable volcanique abritent des plantes le plus souvent nanifiées (saule herbacé, bouleau nain, céraiste acaule, thym serpolet…) et procurent parfois de belles découvertes aux botanistes, à l’instar de la botryche lunaire (Botrychium lunaria). Le long des résurgences aquatiques, les couleurs franches ornent le paysage : l’épilobe arctique (Epilobium latifolium) étale ses fleurs roses et la mousse des fontaines (Philonotis fontana) trace au stabilo des sillons vert-fluo.

Dans les étendues sauvages et inhospitalières des terres intérieures, les animaux se font discrets mais les randonneurs peuvent observer le bruant des neiges picorer à leurs pieds, entendre le pluvier doré chanter le printemps islandais, ou bien repérer les traces du renard arctique.

Les vallées humides rassemblent les inflorescences cotonneuses des linaigrettes de Scheuchzer (Eriophorum scheuchzeri) au milieu des graminées où se cache le lagopède muet. Quant aux rivières, elles regorgent de saumons sauvages que l’on déguste en silence, délicieusement cuisinés par une Islandaise des plus authentiques...

 

Les glaces du Groenland

Ilulissat - Baie de Disko
Ilulissat - Baie de Disko

Terre blanche et mer d’icebergs

Tout en haut du Globe s’étend la grande virgule blanche du Groënland. Le Fokker 50 dévoile sous son aile l’étendue immense des glaces polaires : ‘Greenland’, une terre verte et fertile qui a attiré jadis Erik le Rouge et ses vikings.

La côte ouest est jalonnée de fjords abritant de petits villages aux noms imprononçables, Narsarsuak, Quassiarsuk… et des Inuits au verbe incompréhensible, qui mangent sans vergogne des esquimaux.

Au sud, les plus grands prédateurs sont des moustiques voraces. Le thym arctique (Thymus praecox ssp. arcticus) parfume le permafrost, les bouleaux nains (Betula nana) et les saules herbacés (Salix herbacea) tapissent l’humus noir, les campanules arctiques (Campanula gieseckiana) se dressent sur les éboulis rocheux. La botryche lunaire et la platanthère hyperboréale sont aussi au rendez-vous des amateurs.

Au nord, les glaciers vêlent par milliers leurs icebergs, qui moutonnent la mer de glaçons aux formes improbables, aux couleurs turquoise, au goût millénaire. Mouvement de vie qui ébranle chaotiquement le Sermeq Kujalleq, second glacier du Monde. Les glaces gigantesques qui s’en détachent remplissent la baie de Disko en effaçant la frontière terre-mer. Les icebergs s’entrechoquent au fil des marées sur l’océan avant de s’effondrer à grand bruit. Alors on se pose pour un spectacle époustouflant qui laisse peu de place aux mots, ‘amazing’, ‘es loco’, c’est fou, c’est beau…. Et l'on regarde valser ces montagnes glacées flottant sur la mer.

Puis on repart en quête d’autres monstres paisibles qui offrent autant d'instants magiques : les baleines à bosses. Un évent qui surgit au loin, une nageoire qui se dresse, une queue qui plonge, et c’est encore un moment de grâce, car rien ne reste jamais figé, le mouvement l’emporte toujours.

Une traversée de la Sibérie

Forêts de Sibérie
Forêts de Sibérie

9288 km de Moscou à Vladivostok

Au fil de la ligne mythique du Transsibérien, les forêts de Sibérie se succèdent à perte de vue. Bouleaux, pins, mélèzes, remplissent la strate végétale arborée, c’est la Taïga sans fin. La lenteur du train  permet d’herboriser visuellement les talus : épilobes en épi, reine des prés, mélilot, tanaisie, iris de Sibérie, lys bulbeux, vesces, genêts, lysimaque….

La nature d’apparence peu variée, contraste avec la diversité des cultures et croyances autochtones rencontrées sur cette ancienne route de la soie et du thé. Ici le chaman se fait psychopompe reliant le sous-sol au cosmos, l’homme à la Terre-Mère, tellement sacrée qu’elle n’est pas cultivée pour ne pas l’abîmer. La vodka aide à invoquer les esprits et à mieux communier avec eux.

Le Lac Baïkal détient tous les records, le plus grand, le plus pur, le plus profond. Un géant à la respiration tout aussi paisible que fragile. Les plantes aquatiques libèrent leur pollen qui ondule en rubans à sa surface. L’endémisme y est à son comble, il offre un laboratoire naturel unique dans ses eaux abyssales : protozoaires, algues, crevettes, esturgeons, omul… tandis que l’on peut observer sur les berges la bergeronnette grise et le seul phoque d’eau douce de la planète, Phoca sibirica.

Vers l’extrême-orient Russe, les forêts de feuillus apparaissent,  là où vivent les ours brun et noir, le léopard de l’Amour et les derniers tigres de Sibérie. Le chemin de fer passe d’un fuseau horaire à l’autre, menant d’une chaleur sèche à l’ouest jusqu’à la mousson face à la mer du Japon.

A l’arrivée, au bout du bout,  on trouve la fin et le commencement, l’alpha et l’oméga, un voyage dans l’espace et le temps qui invite à l’introspection et au mouvement, pour mieux se retrouver et tout recommencer, forcément différent.

L’île aux trésors… botaniques

Montagnes d'Aritza
Montagnes d'Aritza

Beautés Sardes

La Sardaigne regorge de biotopes variés qu’explorent les orchidophiles en quête de belles méditerranéennes : Ophrys, Orchis, Serapias, Aceras, Limodorum, Neottie, Barlia. Certaines espèces, parfois endémiques, s’adonnent aux joies de l’hybridation, et font alors l’objet de discussions enflammées (O. normanii, O. tenthredinifera, O. chestermanii…).

Les garrigues aux odeurs d'aromatiques, sont l’habitat du chêne liège et autres plantes inféodées : lavande stéchade, hélichrysum, thym, romarin, asphodèle à petits fruits, euphorbe épineuse, pancratium, ciste de Crète, etc. Entre les ruines carthagénoises et les nuraghes millénaires, se développent les espèces des milieux caillouteux : férule commune, sainfoin d’Espagne, chrysanthème couronné, gynadriris, tordyle des Pouilles, jasione des montagnes.

En bord de mer, le pin parasol domine les plages recouvertes de posidonies, formant la litière de l’anthémis et de la Matthiole tricorne. Les pièces d’eau attirent chevaux et flamands roses alors que les terrains sablonneux révèlent quelques curiosités tel le parasite de l’halimione (Cynomorium coccineum).

En altitude, les montagnes usées dévoilent leurs schistes lustrés, repère du lézard tyrrhénien et du saxifrage de Corse. Et tandis que le GPS guide les botanistes patients vers un capuccino bien mérité, il faut espérer ne pas croiser en chemin l’oenanthe safranée (O. crocata) dont le suc toxique provoque le rire sardonique...

Les îles aux oiseaux

Qu’y a-t-il sous l'horizon ?
Qu’y a-t-il sous l'horizon ?

Des landes aux falaises

Au large des hautes terres d'Ecosse, l’archipel des Îles Orcades est un vrai paradis pour l’avifaune. Sur les falaises vertigineuses nichent les oiseaux marins : macareux moine, fou de Bassan, pétrel fulmar, pingouin torda, guillemot de troïl, mouette tridactyle.

Les landes herbeuses, où galopent lièvres et lapins, font le bonheur des picoreurs : courlis cendré, huîtrier-pie, vanneau huppé, barge à queue noire, pluvier doré…

Mais l’ombre du grand labbe plane et les ornithologues veillent au coup de bec intempestif ! Les pièces d’eau douce offrent de belles observations : plongeon catmarin, canards, grèbes, fuligules, que survole le busard Saint-Martin.

Au cœur des tourbières à sphaignes et droséras, égayées de bruyères et linaigrettes, les spécialistes guettent le moindre chant : traquets, pipits, linottes, sizerin flammé, pouillots…

Dans les baies abritées où plongent sternes, mouettes et goélands, les guillemots à miroir barbotent, les phoques font la planche et les cormorans sèchent leurs ailes… c’est l’heure de la baignade pour les moins frileuses.

Et tandis que la potentille se tourmente, au pied des mégalithes dressés depuis des millénaires, chacun contemple le même paysage, chacun garde son secret.

Entre deux continents

Cap Dezhnev dans la brume
Cap Dezhnev dans la brume

Territoires d'extrême-orient

A l’extrémité Est du continent eurasiatique, le détroit de Béring sépare les côtes sibériennes de l’Alaska. Durant le bref été arctique, la toundra à peine dégelée s’éveille aux couleurs de floraisons furtives : saule polaire, polémoine boréale, saxifrage des neiges, orchis grenouille, rhododendron du Kamtchatka…

Les falaises abritent guillemots, macareux, mouettes, eiders, cormorans… L’ours brun chasse fréquemment le long des plages où s’étirent les morses lascifs. La banquise de l’océan Arctique s’ouvre quelques mois de l’année, laissant le passage aux cétacés affamés : baleines à bosses et baleines grises parsèment la mer de leurs souffles typiques, tandis que l’orque pointe son aileron lugubre.

Sur les glaçons détachés des côtes, quelques ours polaires à la dérive guettent les phoques craintifs.

Des milieux hostiles où la survie est rude, pour la nature comme pour les peuples autochtones. Et l’on se sent un peu intrus devant les vestiges chamaniques de ces terres sacrées. Les restes de baleines s’étiolent au fil du temps mais l’esprit de Raven conjure la peur de la mort, car devant elle, un Inuit ne sait que sourire.

 

 

 

Banquise Ile de Wrangel
Banquise Ile de Wrangel

Les derniers mammouths

Débarquer à Wrangel c’est atteindre une île du bout du monde, vierge de l’homo-sapiens moderne, riche de restes paléoarctiques, faisant remonter la pente des siècles à nos mémoires. Cette terre désolée, revendiquée par les Etats ennemis qui se font face, est désormais une réserve naturelle inscrite au patrimoine de l’UNESCO.

Sa biodiversité compte 420 espèces végétales dont 24 endémiques. Des centaines d’espèces d’oiseaux y nichent tel le harfang des neiges. On y trouve aussi la seule population asiatique d’oie des neiges et la plus grande colonie de morses du Pacifique.

Dans le froid polaire, l’émotion des premières fois se ressent jusque sous le bonnet et l’inventaire des espèces oblige les naturalistes de tous les pays à se prosterner devant le moindre pétale du pavot le plus septentrional de la planète. Le temps d’un instant… puis la banquise se referme sur le dernier territoire du mammouth laineux, éteint depuis plus de 4000 ans.

Ici plus qu’ailleurs, il y a urgence à vivre.

 

Sous l'anticyclone des Açores

Caldeira do Faial
Caldeira do Faial

Volcans dans la brume

Entre Europe et Amérique, l’archipel des Açores compte neuf îles, nées de subductions tectoniques et abritant une richesse naturelle étonnante : les espèces endémiques sont liées à l’isolement insulaire ; les espèces apportées par les voyageurs deviennent souvent invasives ; les espèces migratrices ou égarées s’observent au fil des saisons.

Ainsi le lierre des Açores tente l’ascension de l’envahissant cryptoméria du Japon ; le bouvreuil des Açores, confiné à une petite aire forestière de 6 km², se laisse contempler au sommet du laurier des Açores ; le serin des Canaries volette dans les roselières, la bergeronnette des ruisseaux des Açores picore sous les lantaniers.

Sous ce climat humide les pentes fertiles des volcans suintent dans la brume et se tapissent de sphaignes, fougères, sélaginelles, bordées d’osmonde royale qui côtoie en abondance l’hedychium particulièrement tenace. La bruyère arborescente des Açores, le pittosporum ondulé et le hêtre des Açores, que longent les haies bleues d’hortensias, complètent l’habitat de la laurisylva dans lequel s’égosille le pinson des arbres des Açores.

En altitude, le myrtilier et le genévrier des Açores apprécient la fraîcheur autour des lacs qui accueillent sporadiquement quelques migrateurs, tel le canard à front blanc. Les lagunes ont les faveurs de la bécassine des marais ou de l’ibis falcinelle.

Le long des côtes, les tamaris ébouriffés donnent le sens du vent, les caravelles aux filaments urticants voguent au fil des courants, les sternes pierregarin et de Dougall plongent en piqué pour nourrir leur progéniture. En mer, tandis que le cachalot émet des cliquetis sonores dans une apnée record, le puffin cendré est le maître des airs, formant la plus grande colonie au monde, dont les vocalises au crépuscule bercent les naturalistes amateurs.

Le centre de la terre n’est pas en reste : sous les caldeiras se cachent des tunnels de lave que l’on parcourt à la lampe torche, l’imagination exacerbée par la diversité des formes basaltiques. En surface, les roches volcaniques forment les murets des cultures dont profite la vigne qui offre le si bon vin… des Açores.

Alors le ciel anticyclonique peut lui aussi se revendiquer ‘des Açores’.

Sanctuaire Méditerrannéen

Dauphin de Risso
Dauphin de Risso

Souffles et plongeons

Benthique ou pélagique, la biodiversité marine est discrète et ne se laisse pas découvrir sans peine. Il faut être un brin curieux pour traverser la fine frontière des éléments et se laisser surprendre par la beauté d’une gorgone, la structure pentagonale d’une étoile de mer, la grâce d’une raie mobula, la carapace archaïque d’une tortue cahouane.

Il faut être un poil chanceux pour croiser la route d’un cachalot, apercevoir une bande de dauphins ou discerner la nageoire d’un rorqual.

Dans le bassin Liguro-Provençal de Méditerranée, les courants chauds et riches en nourriture attirent de nombreux cétacés : Dauphin de Risso (Grampus griseus), Dauphin bleu-blanc (Stenella coeruleoalba), Rorqual commun (Balaenoptera physalus), Cachalot (Physeter macrocephalus), Globicéphale noir (Globicephala melas)…

Certains grands timides ne se laissent admirer que lorsque leurs poumons vides les obligent à faire surface, le souffle projeté trahit alors leur présence et permet de les identifier au loin.

D’autres plus audacieux viennent observer les éco-volontaires aux yeux plissés sur l’horizon traquant une dorsale, un dos arqué ou un évent de biais.

Ainsi par mer calme, l’on peut recenser les globicéphales sortant leur melon globuleux pour espionner, les dauphins démonstratifs en sauts gracieux, les cachalots à l’expiration oblique de leur unique évent sortant leur caudale avant de sonder pour une longue apnée, les rorquals à l’expiration dressée par deux évents montrant pudiquement une petite partie de leur dos gigantesque. Parfois l’on se méprend sur un plongeon, et ce sont des thons qui bondissent hors de l’eau, ou des raies qui jaillissent en montrant leurs immenses nageoires argentées.

Chaque rencontre procure une dose d’émotion, d’humilité, que nul récit ne peut traduire. Un vécu singulier qui invite au voyage introspectif, avec l’espoir de transmettre à l’extérieur l’infime part du bouleversement ainsi induit.

 

Caudale de cachalot
Caudale de cachalot

Fragiles

Grégaires ou solitaires, petits ou gigantesques, les cétacés puisent dans la mer ce qu’elle leur donne, sans autre exploit que de survivre dans ce grand espace de liberté. Aujourd’hui, leurs populations sont largement fragilisées par les activités humaines causant leur mortalité : chasse commerciale pour l’alimentation, polluants toxiques et déchets, filets de pêche, collisions et hélices des navires, pollution sonore, captivité à des fins touristiques…

Depuis quelques années de nombreuses actions se développent pour la protection de la biodiversité marine. Ainsi les associations spécialisées étudient les déchets plastiques, par un échantillonnage méthodologique des micro-déchets et le comptage de ceux visibles à l’œil nu. Sous le microscope, la boîte de Pétri se remplit d’une part égale entre organismes vivants et détritus issus de l’activité humaine ! Par ailleurs, l’éco-tourisme développe un code éthique pour sensibiliser le public aux problématiques de l’écosystème marin, et faire connaître la fragilité de ses habitants.

Durant les quarts nocturnes à veiller sur le voilier, l’on se prend à philosopher sur notre humanité. La conscience humaine permet d’appréhender la progression de la vie, de se projeter dans l’avenir pour planifier, une possibilité de choix qui dans l’absolu mène à la liberté. On sait l’Homme capable de faire résonner une symphonie comme un coup de canon. Dépasser cette dualité intrinsèque, nécessite sans doute un peu plus d’attention au Monde, pour changer de regard et prendre sa part de responsabilité.

La quête d’un souffle de baleine donne aussi du sens, par les possibles rencontres humaines, riches de différences et d’envies partagées.

 

Sous la voûte étoilée, Jupiter était au rendez-vous, comme toujours depuis 4,5 milliards d’années. Mais au fait, que pensent les dauphins de la voie lactée ?